Accueil > Démocratie > L’ère de la ruse

L’ère de la ruse

vendredi 7 avril 2023, par Pixef

La crise sociale que traverse notre pays n’est pas seulement caractérisée par le refus du recul de l’âge de la retraite à 64 ans.
De plus en plus d’observateurs, de commentateurs et de simples citoyens ont perçu qu’elle s’accompagne d’une crise démocratique, donc politique, résultant d’une défiance croissante de la population envers ses gouvernants et une partie de ses élites et même, au-delà, envers les institutions elles-mêmes.

Cette défiance s’alimente au quotidien par mille petites expériences vécues dans les domaines les plus variées.

Exemples :

  • J’ai enfin obtenu, après de nombreuses et longues démarches (dont, en fin de course un courrier postal), un rendez-vous au Service d’Ophtalmologie de l’Hôpital de BOURGES, que je fréquente depuis plusieurs années.
    Il m’a tout d’abord été indiqué que le service n’accepte plus de patients des départements « étrangers » mais que je bénéficie d’une exception relative au fait que j’ai déjà un dossier.
    Lorsque je me présente pour les formalités d’admission, la secrétaire m’informe qu’il s’agira dune consultation en secteur privé et, sur ma demande, précise que je subirai un dépassement d’honoraires.
    Au retour de la consultation je me présente pour payer et je demande comment faire, la prochaîne fois, pour obtenir une consultation en service public. La secrétaire me répond qu’il faut le préciser. Je lui fais remarquer que ce devrait être le contraire : service public par défaut et service privé sur demande.
    Pour toute réponse la secrétaire me sourit…
  • Je consulte mon relevé bancaire et je constate que le prélèvement de mon abonnement pour un hébergement internet a été reconduit alors que je souhaitais pas le poursuivre : j’aurais dû décocher la case « renouvellement automatique »
  • Les « petites lignes » des contrats, notamment d’assurances : qui les lit attentivement ?
  • Les clauses d’utilisation et d’acceptation pour l’usage des applications informatiques, notamment celles des GAFAM, même question : qui les lit ? Qui les connaît ?
  • La composition de la plupart des aliments transformés en vente dans les circuits du commerce de l’alimentation , les caractéristiques de certains produits informatiques ou élecro-ménagers : il faudrait une puissante loupe pour pouvoir les lire…
  • L’absence du numéro RIO sur les uniformes des agents du maintien de l’ordre, l’utilisation de plus en plus fréquente de cagoules leur permettant de ne pas être identifiables
  • La procédure d’acceptation d’un RIP : Il se dit de plus en plus que, malgré la signature de plus de 200 députés, la mise en oeuvre d’un Référendum d’Initiative Partagée (sur la réforme des retraites) a très peu de chances d’aboutir. Les rédacteurs de la loi auraient multiplié les conditions restrictives pour la rendre quasi impossible.
  • La procédure d’adoption de la Loi sur les retraites : plusieurs alinéas de la Constitution ont été utilisés pour permettre l’adoption de cette loi qui recueille contre elle une écrasante majorité de la population.

On pourrait multiplier les exemples…
Ce qui résulte de tout cela et du reste est que nous sentons que nous devons être sans cesse sur nos gardes, être vigilants, sous la menace de nous « faire avoir » en toute légalité, soit par inattention, soit par découragement vis à vis des procédures qui nous sont imposées pour la moindre transaction.

Si un certain « jeu » avec les règles est à la fois admissible et inévitable, « de bonne guerre » pourrait-on dire, il ne l’est que si les règles sont simples, claires, admises par tous.
Mais lorsqu’elles sont compliquées, interminables, nombreuses et se renvoyant l’une à l’autre, on commence à penser qu’elles ont été délibérément conçues à l’avantage de certains et au détriment d’autres.
Tout se passe comme si l’Etat, les administrations, les services publics, étaient gangrénés par la loi de la jungle, où tous les coups sont permis, alors que leur fonction est au contraire d’organiser et de gérer les inévitables conflits, économiques et politiques, qui sont la vie même d’une démocratie.
Nous ne sommes plus alors dans une véritable démocratie au service de l’intérêt général mais dans une dictature soft qui n’est démocratie qu’en façade, qu’en paroles.

…Et il en résulte une colère qui, faute d’être entendue, prise en compte, s’accumule lentement mais sûrement et ne pourra que déboucher sur un bouleversement institutionnel.

La question est de savoir dans quel sens les institutions seront bouleversées… Et à quel prix ?

Pixef

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.